L’inflation cachée : la nouvelle arme des industriels

inflation cachée

0,4%. Tel est le taux d’inflation en France en 2014. Dès lors comment expliquer le sentiment général que ressentent les Français qui disent perdre du pouvoir d’achat? Si les salaires stagnent et que les prix aussi, pourquoi a t-on le sentiment de s’appauvrir?

L’avènement de l’inflation cachée

Je ne remets pas en cause les chiffres annoncés qui sont calculés avec le plus grand sérieux, cependant il convient de souligner une pratique qui n’est pas nouvelle, mais qui est désormais extrêmement répandue pour les biens de consommation courante, l’alimentation en premier lieu : l’inflation cachée.

La logique est simple : en temps de crise économique, de chômage et de baisse de pouvoir d’achat, plutôt que d’augmenter le prix de leurs produits et donc prendre le risque de voir partir leurs clients, ceux-ci réduisent la quantité ou la qualité de leurs produits, sans rien changer au packaging ni au prix, gommant ainsi toute inflation.

Résultat, la maman qui a l’habitude d’acheter son paquet de biscuits qui faisait 330gr, achète désormais un un paquet similaire, gout similaire, nombre de biscuits similaire, packaging similaire, simplement celui-ci a maigri de 30gr soit 10%.

inflation cachée

Ce prince est un adepte de l’inflation cachée, ici en plein coming out.

Idem pour le pack de jambon (on ne regarde jamais le poids mais le nombre de tranches) , de steaks hachés, de pâtes et ainsi de suite : soit il y a moins, soit c’est une « nouvelle recette » qui sera peut être meilleure, mais surtout moins chère à faire.

L’impact sur l’inflation est caché : officiellement les prix n’ont pas augmenté puisque à la caisse vous payez le même prix, par contre vous avez 10 à 15% de moins de quantité qu’avant ce qui revient à augmenter le prix d’autant sans que personne ne s’en aperçoive, et sans que les chiffres de l’inflation ne s’en ressentent.

Pourquoi une telle pratique?

Il ne faut pas tomber dans la critique sommaire : si les industriels augmentent leurs prix, ce n’est pas forcément parce que sont de gros méchants capitalistes qui ne pensent qu’à leurs profits, leurs dividendes etc. Certes, il y en a pour qui c’est clairement le cas mais il faut également comprendre que les industriels fabriquent des produits et que cela un coût.

Tout d’abord un coût en matière première : s’il y a une inflation du cours du blé ou du mais par exemple, ces produits seront forcément plus chers à produire et si l’industriel n’augmente pas ses prix, il devra alors faire des économies là ou il peut c’est à dire le plus souvent en licenciant, ou en faisant des produits de moins bonne qualité gustative ou pour la santé.

Il y a également des coûts auxiliaires : une législation plus rigoureuse, des taxes en hausse (la tva vient de passer de 19,6 à 20% par ex) , des lois de protection du consommateur…  je ne dis pas que c’est une mauvaise chose mais il faut bien comprendre que cela a un coût financier et  administratif !

Dans d’autres industries comme le textile ou l’on ne peut pas rogner sur la quantité, les industriels gomment cette inflation en jouant sur la qualité : des matériaux moins chers, moins durables, plus simples à produire on utilise alors des techniques de costkilling pour réduire les coûts et donc gommer l’inflation.

Toutes ces raisons font qu’il y a une pression constante sur les coûts de production et c’est ce qui génère l’inflation : les prix augmentent régulièrement d’année en année dans certains secteurs comme l’alimentaire, tout simplement parce que la demande flambe elle aussi, et comme vous le savez, les prix sont régis par l’offre et la demande, si cette dernière augmente alors il y a inflation.

Est-ce que l’inflation cachée est une mauvaise chose ?

Je dirai que tout dépend du contexte et du point de vue : si on interprète l’inflation cachée comme un moyen de tromper l’utilisateur c’est évidemment répréhensible. Simplement, je pense qu’il ne faut pas attendre des industriels qu’ils mettent en avant cette pratique :

inflation cachée jambon

Attention, paquet de jambon pris au hasard, je n’ai rien contre la marque « TA ».

Ils sont là pour vendre, et pour vendre il faut donner envie, pas repousser le client et on les comprends !

Certains préconisent de légiférer sur des doses standards que les industriels devraient respecter : si le paquet doit faire 250gr obligatoirement, on peut pas faire de l’inflation cachée puisqu’il faudrait soit augmenter le prix soit diminuer le nombre de tranches ce qui se verrait.

Je trouve que cette solution est totalement archaïque : nous ne sommes pas (et nous ne voulons pas être!) dans une économie planifiée ou l’état fixe de manière arbitraire ce qui est bon et ce qui ne l’est pas : ce n’est pas à une armée de bureaucrates de planifier ce que doivent être les besoins des consommateurs, on leur demande plutôt de s’occuper des vrais sujets d’emploi, de sécurité et de santé plutôt que de la contenance des chasses d’eau de nos toilettes !

La bonne solution, c’est tout simplement le consommateur conscient de ses droits et de ses pouvoirs : il faut qu’il soit tout simplement capable de le voir, et de choisir en toute liberté, si ça ne lui convient pas, il va voir ailleurs c’est la loi du marché.

Il ne faut pas oublier que les besoins des consommateurs différent selon chacun : si certains veulent absolument 500gr de jambon, ils sont libres d’acheter le produit plus cher de la concurrence, pendant que d’autres préféreront perdre 20gr mais sans augmenter leur budget!

On ne peut pas d’un coté crier au scandale en parlant de gaspillage alimentaire, et de l’autre coté interdire des portions plus petites et donc mieux adaptées à des petites faims, un besoin ponctuel ou un besoin de gain de place : ceux qui s’offusquent que les petites bouteille d’eau sont une façon de faire de l’inflation cachée n’ont simplement rien compris ni au marché, ni aux besoins des consommateurs!

Comment se protéger de l’inflation cachée ?

Un consommateur averti a beaucoup plus de pouvoir qu’un consommateur ignorant ! C’est à vous de décider si vous continuer d’acheter de tels produits ou si au contraire vous préférez l’inflation classique  à l’inflation cachée. Il y a deux point très importants qu’il convient de garder en tête :

Le prix au kilo (ou litre)

Voilà, ça c’est une bonne législation ! Très utile, cette information est obligatoire dans tous les supermarchés et vous permet de réellement comparer les prix entre plusieurs produits.

Comme son nom l’indique, vous n’avez donc plus seulement une notion de coût mais de coût rapporté au poids : si l’industriel « triche » en diminuant le poids, vous allez donc le voir immédiatement.

Personnellement je regarde systématiquement ce poids au kilo, il y a des différences ÉNORMES entre les différents produits car on repère aisément l’inflation cachée !

Le prix au kilo permet également d’éviter les fausses économies : les industriels et les distributeurs comme les supermarchés connaissent nos habitudes de consommation et savent quels sont les réflexes des consommateurs, ils jouent dessus alors ne vous laissez pas berner !

Gros volume ne veut pas dire économies

On se dit intuitivement qu’en prenant un lot de 4 paquets on paiera moins cher le paquet que si on le prenait seul… c’est parfois vrai, mais aussi parfois complètement faux ! Parfois les prix en lot sont identiques à ceux en unité et parfois même cela coûte plus cher : autant l’inflation cachée peut être un choix si on ne veut pas payer plus cher un produit, autant là on est dans des pratiques inadmissibles et de la tromperie avérée.

Pour s’en protéger : regardez le prix au kilo, s’il est fortement inférieur pour un lot alors vous faites une économie, sinon passez votre chemin et acheter le produit en unité.

Idem pour les tailles différentes du même produit, par ex un pack de 5 Barres de chocolat et un autre de 10, toujours regarder le prix au kilo.

Petites marques ne veut pas dire économies

Une des autres habitudes des consommateurs et de privilégier parfois les petites marques ou les marques des distributeurs : le sucre, c’est du sucre, je prends le moins cher !

Ce n’est pas une mauvaise idée en soi, à condition de bien regarder le prix au kilo en plus du prix du produit : parfois les produits des distributeurs ne sont pas significativement moins chers et pourtant de qualité inférieure, voir très inférieure à celles des marques plus réputées.

Par exemple si tous les packs de café font 250gr et 2,5€ et qu’une grande surface lance un paquet à 200gr à 2€ : vous ne faites pas une bonne affaire en prenant celui à 2€ vu qu’il va avoir le même prix au kilo que celui de la marque. Vous payez donc au même prix un produit très souvent de moins bonne qualité, mais ça vous ne le savez que si vous regardez le prix au kilo !

En synthèse, je dirai que l’inflation cachée est une technique marketing comme une autre. Elle a du sens car il est tout à fait logique certains préfèrent en avoir moins au même prix qu’autant pour plus cher.

L’important est que les consommateurs en soient conscients et c’est leur comportement qui validera ou pas ces politiques, il est donc crucial d’en être conscient et de se donner tous les outils utiles pour s’en protéger, le plus efficace à mon sens étant le prix au kilo.

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